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Mediamed > Chaînes > CEMAf > Filmer la trame identitaire oromo en Ethiopie


Trois documentaires de Jean-Marc Lamoure (réalisateur) et Thomas Osmond
Thomas Osmond (anthropologue, CEMAf-Aix).

Les trois films mis en ligne constituent les annexes filmiques de mes travaux de recherche menés dans le cadre d'une thèse en anthropologie intitulée « Possession, identités et nationalismes oromo: le cas des dignitaires religieux Qaalluu en Ethiopie », soutenue en décembre 2004 à la MMSH. Ces travaux abordent la trame identitaire oromo dans ce pays d'Afrique de l'Est. Officiellement, les populations oromo regroupent aujourd'hui près de 30 millions d'individus disposant de leur propre Etat régional (Oromyyaa) au sein du fédéralisme ethnique éthiopien. Plus objectivement, le terme oromo désigne une catégorie « ethnique » ambivalente et polymorphe aux régimes d'historicité complexes. Au cours de ma thèse, mon attention s'est portée sur une titulature politico-religieuse, appelée Qaalluu, largement répandue en Oromyyaa. Je souhaitais amorcer une réflexion sur l’émergence et les transformations de ce statut religieux protéiforme, intimement lié à l’État éthiopien. L’institution du Qaalluu est appréhendée dans le cadre de ses différents réseaux relationnels. Dans les diverses configurations envisagées, ce travail privilégie une approche progressive en cercles concentriques, du cadre le plus local aux niveaux national et international. La place et le rôle des religions institutionnelles comme le(s) christianisme(s) et les formes régionales de l’islam font l’objet d’un éclairage particulier, tout comme les modalités des reconstructions identitaires opérées depuis une trentaine d’années par les intellectuels oromo, ces derniers oscillant entre nationalisme ethnique et idéologie afrocentriste. L’identité oromo est plurielle et fait l’objet, des niveaux locaux aux niveaux nationaux, d’ajustements et de négociations dans lesquels les Qaalluu apparaissent de façon récurrente. Leurs sanctuaires accueillent des populations variées, rassemblées dans les temples pour assister aux mises en scènes du politique dans le théâtre de la possession. Au travers de ces personnages se dessine une véritable palette de catégories d’appartenances à une oromité toujours discutée dans le cadre du fédéralisme ethnique éthiopien. 

Le support filmique est utilisé à différentes reprises dans cette étude sous la forme de compléments audiovisuels consignés en annexe. Ne disposant d’aucune formation particulière en anthropologie visuelle, j’ai eu recours à ce type de médium dans une perspective expérimentale, évoluant au fil de tournages empiriques au rythme des différentes enquêtes de terrain. En ce sens, l’usage premier de la caméra fut essentiellement envisagé comme un outil technique d’enregistrement, au même titre que le dictaphone ou le carnet de notes. Ce fut dans ce contexte que je demandai à Jean-Marc Lamoure, cadreur et réalisateur, de m’accompagner en région oromo. Mon idée première consistait à filmer des cérémonies, des rassemblements et des entretiens, le revisionnage des images permettant de distinguer des éléments ayant échappé à l’observation immédiate, en ajoutant le point de vue d’une caméra témoin. Mobilisée dès le premier terrain d’enquête pour cette étude, l’image a ainsi accompagné tout un travail de défrichage autour de plusieurs institutions du Qaalluu dans le Shäwa occidental, la région de Nekemte et le pays boorana.