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 Kapo kati, le roi des oiseaux

 Ferran, Hugo; Mesbah, Khamis

 Projet de film documentaire portant sur le deuil, la succession et l’intronisation du roi Maale (Éthiopie).

Mise en ligne : 14/01/2010

Type d'activités : Documentaire

Format : Vidéo

Durée en mn :  

Langue : Français

Discipline : Anthropologie

Domaines d'intérêt : Rites

Mots-clés : Intronisation; Cérémonies de deuil

Couverture géographique : Afrique; Ethiopie

Couverture chronologique :  

Institution(s) :  

Personne(s) :  

 

​Kapo kati, le roi des oiseaux

Projet de film documentaire portant sur le deuil,la succession et l’intronisation du roi Maale (Éthiopie)

 

Enquête, prise de son, traduction : Hugo Ferran.
Prise de vue : Khamis Mesbah.
Montage : Jean-Marc Lamoure & Khamis Mesbah.
HD-Super 8 / Novembre 2008


Ce Trailer, tourné en novembre 2008, est une première étape dans la réalisation à venir d’un film documentaire portant sur les pratiques de deuil, de succession et d’intronisation du roi traditionnel (kati) de la société Maale, située dans le quart Sud-ouest de l’Éthiopie. Comme dans la plupart des sociétés méridionales de ce pays d’Afrique de l’Est, où une autorité étatique est venue tardivement s’imposer à des groupes sociaux jusqu’alors politiquement autonomes, la société Maale est actuellement régie par une administration officielle dépendante des instances nationales, et pour officieuse qu’elle soit, par une organisation traditionnelle toujours efficiente au quotidien, extrêmement hiérarchisée et au sommet de laquelle siège un roi, appelé kati. Par roi, il faut comprendre ici un dignitaire qui possède un rôle plus juridique et rituel que politique, puisque sa fonction consiste à résoudre les conflits les plus graves et à accomplir les rites pluriannuels nécessaires au bien-être de la société Maale (bénédictions, offrandes aux ancêtres, rites de purification…). Sa parole est écoutée et respectée, mais son autorité limitée : il a tout au plus le pouvoir d’organiser des assemblées, mais ne peut en aucun cas imposer ses décisions ni donner des ordres. Son statut lui permet néanmoins de destituer et de nommer certains chefs (godato) et sous-chefs (gato).

Doctorant à l’EHESS et A.T.E.R. à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, Hugo Ferran mène des recherches à la fois ethnologiques et ethnomusicologiques sur la société Maale qu’il étudie depuis 2001. C’est à l’issu de ce travail qu’est survenue la mort du roi Maale, en 2004. L’idée de témoigner, par l’image, de pratiques rituelles exceptionnelles et encore jamais observées s’est rapidement imposée à lui. Les acteurs rituels eux-mêmes ont manifesté le souhait de conserver une trace audiovisuelle des cérémonies de deuil et d’intronisation à venir. Mais l’idée d’un film documentaire est venue plus tard, lorsque le chercheur a mesuré l’ampleur du conflit lié à la succession de ce roi traditionnel ; un différend vieux de plus de soixante ans, qui s’intensifie à chaque période de transition du pouvoir. C’est alors qu’il se met en tête de réaliser un film visant à retracer l’histoire du conflit, la manière dont chaque camp réinvente le passé pour légitimer sa propre vision de l’avenir et, finalement, les différents modèles de société défendus par les uns et par les autres.

Construit autour d’une trame cérémonielle, ce film proposera également une réflexion sur la notion de tradition et sur les interprétations, souvent divergentes, qu’en font les acteurs sociaux. Ainsi, à en croire le camp du chef de Makana, le fils aîné serait le seul héritier légitime au trône. « Notre Histoire nous prouve le contraire », leur rétorquent les partisans de la dynastie déchue, incarnés par le chef de Bala. Pour essayer de concilier ces interprétations contradictoires d’une même tradition, le gouvernement s’est immiscé au centre des débats, en tant que médiateur, apportant ainsi un troisième regard sur la tradition Maale.

 
Dulbo Tolba, le roi défunt

Un conflit sorti du passé

Pour comprendre les causes et les enjeux du conflit de succession qui divise actuellement la société Maale, il est nécessaire de remonter au début des années 1930, lorsque le roi Arbo qui régnait à cette époque a été sommé de se rendre à Addis Abeba par Haile Selassie. Ne le voyant jamais revenir, les chefs et les Anciens maale ont décidé d’introniser son frère cadet (Ottolo), puisque le prétendant au trône (Tolba) n’était pas encore en âge de régner. Une fois parvenu à maturité, Tolba (le fils aîné du roi disparu) a réclamé le titre qui lui revenait de droit. Certains se sont opposés à son accession au trône, tandis que d’autres ont approuvé la requête du successeur légitime. Deux camps se sont alors formés avec, d’un côté, les partisans de la dynastie aînée et, de l’autre, les défenseurs de la lignée cadette. Le camp de Tolba s’est finalement imposé puisqu’il a réussi à destituer Ottolo de son vivant, et à introniser Tolba par la suite. Tolba a alors régné pendant vingt ans et s’est éteint peu de temps avant l’arrivée des étudiants révolutionnaires (zemecha), qui ont propagé en 1974 les valeurs du marxisme-léninisme dans toutes les régions rurales de l’Éthiopie. Le régime de Haile Mariam Mengistu qui s’impose un an plus tard en a profité pour abolir la royauté Maale. Celle-ci a été réhabilitée en 1994 (trois ans après la chute du DERG) par les traditionalistes Maale, lorsque ces derniers ont intronisé le fils aîné de Tolba (Dulbo). Depuis la mort de Dulbo, en 2004, les deux camps s’opposent à nouveau sur le choix du successeur. Les uns souhaitent introniser le fils aîné de Dulbo, et les autres le fils aîné du roi déchu, Ottolo. À l’heure actuelle, il semblerait que les partisans de la lignée cadette, qui bénéficient du soutien du gouvernement, aient cette fois-ci réussi à s’imposer et à prendre enfin leur revanche.  


Les lignées royales 

Contexte de tournage du Trailer

En septembre 2008, les partisans du fils d’Ottolo (Tayo) parviennent à imposer leur choix aux partisans du fils de Dulbo (Adeperis) lors d’une assemblée en présence des autorités gouvernementales. L’intronisation de Tayo est alors programmée pour le mois de novembre 2008. Mais à notre arrivée sur le terrain, à la fin du mois d’octobre de la même année, nous avons constaté que la situation avait considérablement évolué, et qu’il n’était plus du tout question d’introniser le successeur tel qu’annoncé deux mois plus tôt. Nous avons néanmoins pu assister à une série d’événements qui se sont avérés décisifs dans la lutte de succession au trône. L’objet du Trailer est de rendre compte de l’état du conflit tel que nous avons pu l’observer en novembre 2008. 

Juste avant notre arrivée sur le terrain, le camp du chef de Bala avait remplacé la dépouille de Dulbo, qui était conservée dans une tombe provisoire, en attendant l’intronisation de son successeur, par les ossements du roi déchu, Ottolo. Par cet acte, le camp du chef de Bala signifiait le changement de lignée et préparait ainsi l’intronisation du fils d’Ottolo, Tayo. Mais le fils de Dulbo et ses partisans, qui n’avaient pas été mis au courant de ce qui se tramait, se sont sentis floués et ont porté plainte au gouvernement en dénonçant cette action qui, selon eux, allait à l’encontre de la tradition. Le gouvernement a aussitôt procédé à l’arrestation des responsables du transfert des ossements et organisé une médiation visant à réconcilier les deux camps. Construit autour de cette assemblée médiatrice, le Trailer dévoile progressivement les principaux enjeux du conflit tels qu’ils sont exprimés quelques semaines après l’événement survenu dans la tombe provisoire du roi.

 
Ottolo, le roi déchu
(Photo prise par l’anthropologue américain Donald L. Donham en 1974)

 

 Synopsis du film (que nous projetons de réaliser)

Aux confins du Sud-ouest éthiopien, les Maale se préparent à célébrer les cérémonies de deuil et d’intronisation de leur roi. Par-delà l’aspect exceptionnel et spectaculaire de ces rites, il apparaît que le choix – particulièrement conflictuel – du successeur a divisé la société en deux camps pendant plus de cinq ans.

Par un jeu de va-et-vient entre le temps rituel et le temps quotidien, la parole des chefs et des guides rituels, en passant par celle des prétendants au trône et des Anciens, nous révèle que le conflit est finalement porté par un seul homme, le chef de Bala. Son projet, à moitié dissimulé, est d’étendre son pouvoir au-delà de sa propre chefferie, en plaçant ses alliés aux postes stratégiques de la société Maale, dont la royauté fait évidemment partie…

Ponctué par le jeu des tambours et les chants polyphoniques, ce film offre un parcours musical autour des questions politiques et identitaires qui animent la société Maale contemporaine.

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