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 CEMAf

L’implication du CEMAf sur le site Mediamed répond à plusieurs attentes. Il s’agit d’abord de favoriser la diffusion des travaux filmiques réalisés par les chercheurs sur le continent africain. Le dispositif multimedia permet une contextualisation raisonnée de ces travaux en établissant des liens avec les articles et parutions scientifiques se rapportant aux documents filmiques mis en ligne. En outre, le CEMAf souhaite alimenter les débats et dépasser les querelles taxinomiques (anthropologie visuelle, film ethnographique, cinéma d’enquête…) inhérentes aux rapprochements entre corpus filmiques et scientifiques. Tout en respectant les impératifs de l’entreprise scientifique, les échanges de points de vue et les questionnements sur les représentations du réel entre professionnels de la recherche et du cinéma sont autant de pistes de travail que la chaîne " CEMAf " du site Mediamed souhaite explorer.

site du laboratoire : http://www.cemaf.cnrs.fr/

 

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 Présentation générale :

 

Présentation générale : 
Dispositifs filmiques et enquêtes scientifiques : Entre le réel et sa représentation


Jacky BOUJU et Thomas OSMOND

CEMAf-MMSH-Université de Provence

La production des données anthropologiques reste très classique. Elle se présente la plupart du temps sous forme textuelle, l’écrit étant encore conçu et perçu comme le seul médium vraiment légitime pour rendre compte d’une autre réalité culturelle et conceptuelle. Certes, depuis les origines de la discipline, les anthropologues utilisent l’image (film, dessin ou photographie) en illustration de leur description, mais jamais comme moyen principal de construction de leur discours scientifique. Malgré l’œuvre pionnière de Jean Rouch, et ses expérimentations parfois fort discutables, les anthropologues restent partagés sur l’usage de l’image : quelle est sa capacité réelle de représentation du monde phénoménal ? et quelles sont ses limites ?

Cette question fondamentale nous ramène à la question de l’objectivité dans la description ethnographique et donc au problème épistémologique de la référence à la réalité (Adam et al., 1990). 

Recourir à l’outil filmique témoigne donc de la volonté d’établir une correspondance des images avec les choses du monde qu’elles sont censées décrire. Mais cette correspondance est bien difficile à contrôler. En effet, certains anthropologues considèrent d’un point de vue réaliste, et avec quelques raisons, que le monde des Autres est dans sa réalité formelle comme il apparaît être dans les images qui tentent de le saisir et que le film peut en attester d’une manière relativement neutre. D’autres dénoncent, non sans raison, ce point de vue réaliste comme un leurre et soulignent la subjectivité totale de la caméra qui rend compte autant du sujet filmé que du sujet filmant. Ce point de vue phénoméniste considère l’image saisie par l’œil dans le viseur de la caméra comme une perception partielle et partiale : une expérience strictement privée qui serait impossible à structurer en une expérience commune sans passer par le langage (un dispositif formel indépendant des contenus privés). L’adoption d’une épistémologie constructiviste permet de sortir de ce dilemme : « ce qui est », c’est alors ce que nous pouvons montrer avec un film respectant les conventions du genre et dont on aura précisé les conditions de réalisation (critère de cohérence logique et d’utilité pragmatique). Affirmer que l’image a une portée référentielle implique non seulement que quelque chose de la réalité culturelle du sujet soit enregistré (toute connaissance empirique postule la réalité du monde qu’elle saisit) mais qu’en plus, il existe une correspondance — explicable par l’auteur et vérifiable par un autre anthropologue — entre les images enregistrées et les faits culturels filmés.

Certes, en objectivant par des images le perçu de son expérience de terrain pour comprendre les phénomènes qui s’y montrent, l’anthropologue vidéaste interprète les faits. Mais Interpréter ce qu’on perçoit pour essayer de comprendre est un processus qui n’a pas de fin, mais seulement des épisodes (films, photos, descriptions littéraires) plus ou moins formulables, systématisables ou communicables. Tout film anthropologique est donc nécessairement interprétatif car il n’y a pas d’objet sans sujet ! Même lorsque le chercheur enquête et rédige un article, sa subjectivité médiatise, qu’on le veuille ou non, sa lecture de la réalité et ce malgré un cahier des charges scientifique très serré. A l’opposé, des cinéastes réalisent des documentaires sans formation ni objectif scientifique particulier et dévoilent pourtant avec brio des éléments du réel, des parcours de vie aux mises en scène des méandres de l’identité (voir Johan Van der Keuken, René Vautier ou Chris Marker). L’objectivité des images devient alors une affaire de degré : le même sujet pourra être traité à différents niveaux et sous différents angles sous réserve qu’il satisfasse aux exigences scientifiques de pertinence empirique, de cohérence conceptuelle et de critique disciplinaire. 

Le film est donc, tout comme l’écriture, un dispositif symbolique « qui nous met les choses du monde sous les yeux » mais elles sont figurées c’est-à-dire construites par le réalisateur à travers des images qui renvoient aux choses du monde qu’elles objectivent en les informant. Ce problème n’est pas propre au film ethnographique, c’est celui de toute science qui modèle ce qu’elle donne à connaître : aucun savoir n’est une simple copie de la réalité telle qu’on la découvre objectivement et qu’on la perçoit subjectivement et toute pensée du monde produit des modèles du réel. En tant que tel, le document filmique est bien une fiction, mais contrairement à d’autres, cette construction n’est pas une invention car elle procède d’une intention de connaissance empirique au service d’un projet scientifique de compréhension du « réel des Autres ».