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​Bruno Martinelli, un parcours scientifique


 Texte rédigé avec l'aide de

Sandra Fancello, Jean-Bruno Ngouflo, Frédéric Saumade, Sarah Andrieu, Christian Bromberger, André Mary


Thèmes de recherche

  •  Patrimoine
  • Culture matérielle
  • Art et esthétique
  • Justice et sorcellerie

Terrains

  • France
  • Provence
  • Centrafrique
  • Burkina Faso
  • Tchad

 

Bruno Martinelli, professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille et chercheur à l'IMAf, nous a quittés le 12 octobre 2014, la maladie mettant subitement un terme à la présence et à l'œuvre de notre collègue. Bruno Martinelli était avant tout un professeur PICT0062-300x200.jpgpassionné, apprécié de tous ses étudiants qui le trouvaient « attachant » et « rigoureux », un chercheur dont les collègues témoignent de l'énergie et de la ténacité qui caractérisait son investissement en toutes choses : l'enseignement, la formation à la recherche, ses terrains ethnographiques et la coopération inter-universitaire entre la France et l'Afrique. Moins familier des lieux de publicité et de valorisation, il concevait la recherche comme une œuvre à partager et à transmettre, « bonne à penser » et destinée à instruire, sans grand profit pour lui-même.

Son œuvre traverse une telle diversité de thèmes de recherche, de chantiers ethnographiques qu'on pourrait douter de prime abord de la cohérence d'un tel déploiement d'énergie. Mais Bruno Martinelli était un chercheur entrepreneur qui connaissait remarquablement chacun des terrains qu'il a investis et les chantiers de formation qu'il a ouverts (Togo, Burkina Faso, Mali, et plus tard, Centrafrique et Tchad). Refusant de s'enfermer dans l'alternative entre la monographie ethnologique et une anthropologie comparative de survol, il s'efforçait de pratiquer un comparatisme de proximité qui allie le sens aigu de la singularité des sociétés locales et la recherche de ce qui fait la typicité des techniques, des rapports sociaux et des manières de faire.

Son entreprise d'investissement de l'étude de la circulation des techniques de la métallurgie du fer en Afrique s'ouvre sur une approche cognitive des voies de la mémorisation visuelle des « yeux curieux » de l'apprenti, des procédés du travail artisanal, d'une mémoire incorporée et de la transmission des savoir-faire, et introduit logiquement à une politique du patrimoine immatériel.

L'ethnographie rigoureuse et classique, au meilleur sens du terme, que pratiquait Bruno Martinelli alliait fortement l'épreuve du terrain, la maîtrise des langues vernaculaires, clé incontournable de la compréhension des autres, mais aussi le savoir pratique et technique des matériaux et des outils de l'agriculture aussi bien que les techniques de coiffure (des chaînes opératoires) ou la compréhension des règles de l'amitié et du pardon. C'est aussi en termes de procédures judiciaires, d'enchaînement d'actes ou de système de places qu'il aborda les enjeux des procès de sorcellerie.

Professeur d'anthropologie à l'Université d'Aix-Marseille, Bruno Martinelli est, avec Christian Bromberger, le co-fondateur du département d'anthropologie dont il a toujours défendu les intérêts avec pugnacité et professionnalisme. Il y a dirigé la formation de master et d'innombrables thèses, et marqué de son empreinte rigoureuse l'enseignement et l'organisation de l'équipe.

A Bangui (Centrafrique), il est à l'origine de la convention interuniversitaire qui a conduit à la création d'un département d'anthropologie et d'un laboratoire en 2003. Il s'en suit la mise en œuvre du système de formation Licence Master et Doctorat (LMD) entre 2005 et 2007, comportant trois spécialisations (anthropologie du développement, anthropologie de la santé et anthropologie du patrimoine culturel). Il a apporté son expertise en matière d'enseignement, de formation et d'encadrement des étudiants de Master et de doctorat de l'université de Bangui. Il est également à l'origine de la création en 2008 d'une bibliothèque de 600 ouvrages de recherche en anthropologie, ainsi qu'à la création de la Revue Centre-Africaine d'Anthropologie, http://recaa.mmsh.univ-aix.fr  en 2007.

A Bangui, il a assuré l'encadrement de cinq thèses mais également de quatre promotions d'étudiants de master qui ont obtenus leurs diplômes entre 2007 et 2011, de cinq nouveaux enseignants-chercheurs recrutés en vue du renouvellement du corps des assistants du département d'anthropologie et la formation de ces jeunes assistants en matière de pédagogie de l'enseignement universitaire de l'anthropologie en 2011.

En matière de recherche il avait également dirigé le programme ANR « Systèmes de savoirs et d'apprentissages en Afrique » (SYSAV) de 2006 à 2010. Il avait mis en place l'organisation des « journées Éric de DAMPIERRE » qui se tenaient chaque année au Département d'anthropologie de Bangui, ainsi que le Colloque thématique de février-mars 2005 : « Patrimoine du fer en Afrique – Le carrefour centrafricain » en partenariat avec l'UNESCO à l'occasion de la sortie de l'ouvrage Aux origines de la métallurgie du fer en Afrique une ancienneté méconnue (2002, Hamady Bocoum, éd.).

Le plus important fut le colloque « Sorcellerie et justice en République Centrafricaine » en août 2008 qui a débouché sur un programme de formation des magistrats centrafricains en anthropologie de la justice liée aux affaires de sorcellerie, financé par l'Union Européenne, l'Unicef et l'Ambassade de France à Bangui, entre 2010 et 2012.

Plus récemment au Tchad, il a inauguré le Département d'anthropologie de l'Université de N'Djamena qui lui exprime sa reconnaissance : « Le Pr. Bruno Martinelli donna l'exemple en étant le tout premier enseignant à commencer les cours d'anthropologie en novembre 2013. Après la fin de sa mission au Tchad, il a continué depuis la France à plaider la cause du département d'anthropologie auprès de l'ambassade de France au Tchad, ce qui a abouti à la dotation du département d'un poste informatique et d'un fond documentaire. »

Afin de lui rendre hommage, le département d'anthropologie de l'Université de N'Djamena propose de baptiser la première promotion de master qui est en cours, la « Promotion Martinelli ».

Ses collègues et étudiants, qui s'étendent bien au-delà des équipes de l'IMAf, lui sont redevables à divers titres, en tant que professeur engagé et bienveillant, collègue chaleureux. Aussi fidèle à ses amis qu'à ses passions ethnographiques, Bruno Martinelli témoignait d'une humanité toujours à fleur de peau, instinctive et franche. Nul ne pouvait rester indifférent à son contact et son décès prématuré a suscité beaucoup de tristesse.

Source : http://imaf.cnrs.fr/spip.php?article369